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Sécheresses provoquées par la destruction du climat

Le National Center for Atmospheric Research (NCAR) a récemment publié une méta-analyse sur les sécheresses qui vont être potentiellement provoquées par la destruction du climat de la planète (1). Une méta-analyse consiste à rassembler le maximum d’études scientifiques disponibles sur un sujet donné, et voir si elles s’accordent entre elles, et si on peut en tirer des conclusions solides.

De manière à peine croyable, et sauf erreur de notre part, cette étude n’a fait l’objet d’aucun article de fond, jusqu’à présent, dans la presse française généraliste. Cette étude, simplement, décrit scientifiquement l’horreur des sécheresses qui vont ravager des pans entiers de la planète dans les années qui viennent. Il n’est pas admissible que dans une démocratie, aussi imparfaite soit-elle, une telle étude ne soit pas présentée aux citoyens. Selon nous, les points marquants de cette étude sont les suivants.

• La destruction du climat a d’ores et déjà commencé à augmenter l’incidence et la sévérité des sécheresses à travers le monde :

« Therefore, we can conclude that human activities have contributed significantly to the recent drying over land, although natural variations in ENSO, tropical Atlantic SSTs, and Asian monsoons also have played a large role. » [p. 12]

- ENSO : El Nino Southern Oscillation
- SST : Sea Surface Temperature

• L’étude utilise un scénario moyen de pollution aux gaz à effet de serre – SRES A1B – alors que nous nous trouvons sur la trajectoire bien plus grave du A1F1. En d’autres termes, les conclusions ne peuvent être qualifiées de “catastrophistes”, puisqu’elles se basent sur une pollution dans les années à venir en-dessous de ce à quoi on peut s’attendre actuellement.

« Figure 10 shows the IPCC AR4 multimodel ensemble-mean change from 1980–1999 to 2080–2099 under the SRES A1B (a medium emissions) scenario for annual (a) precipitation, (b) soil moisture, (c) runoff, and (d) evaporation. » [p. 12]

- IPCC : Intergovernmental Panel on Climate Change
- AR4 : Assessment Report #4
- SRES : Special Report Emissions Scenario

• Il y est question d’une « sécheresse mondiale pour l’agriculture vers la fin du 21e siècle ». Il me semble qu’à partir d’un certain moment, il n’est plus possible d’éluder le mot “génocide”. Avec un tel luxe de connaissances, ne pas utiliser ce mot devient intellectuellement et moralement malhonnête.

« Analyzing soil moisture data from the IPCC AR4 simulations from 15 coupled models under the SRES A1B scenario, Wang found general drying over most of the global land except part of the northern mid- and high-latitudes during the nongrowing season and warned a world-wide agricultural drought by the late 21st century. » [p. 13]

• Comme dans le cas des feux de forêts, les chercheurs se rendent compte que ce qui se prépare est tellement catastrophiquement “hors-normes” qu’il devient nécessaire de penser à mettre en place de nouvelles normes pour évaluer le monde réel futur, les anciennes normes n’étant pas adaptées. Ainsi, le PDSI, le Palmer Drought Severity Index, pourrait se révéler inapte à fournir un index des sécheresses futures, car il a été développé avec comme référence les sécheresses passées… qui passeront pour de la rigolade par rapport à ce qui se prépare (rappel, le Sahel dans les années 70 : un demi-million de morts).

« Nevertheless, Figure 11, together with all the other studies cited above, suggests that drought may become so widespread and so severe in the coming decades that current drought indices may no longer work properly in quantifying future drought. » [p. 14]

• Il n’est pas seulement question de ce qui se passera à la fin du siècle. Des régions du monde vont être affectées dans un laps de temps ridiculement court au regard des changements nécessaires et de l’inertie des sociétés humaines. Comme vous pourrez le voir sur la carte 11 (d), p. 15, déjà en 2030, cette évaluation des connaissances scientifiques disponibles au jour d’aujourd’hui prévoit potentiellement des niveaux de sécheresse catastrophiques pour, entre autres, l’Afrique, l’Amérique centrale, le bassin méditerranéen, etc., dans à peine… 20 ans.

« (…) people living in these regions [the ones most at risk, PEN] may see a switch to persistent severe droughts in the next 20–50 years, depending on how ENSO and other natural variability modulate the GHG-induced drying. » [p. 15]

- GHG : Greenhouse Gas

Pierre-Emmanuel Neurohr

(1) Drought under global warming: a review, Aiguo Dai, WIREs Climate Change, 2010. Pour télécharger cette étude, cliquez ici :

NCAR – drought (10)

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